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Quand on a passé le bac oral de français, on se dit qu'un peu de solidarité pour les jeunes générations serait sympathique ! Je propose ici mes textes analysés durant mon année de 1ere ES. En espérant que cela vous aidera !

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L'ARGUMENTATION - Lecture analytique n°1 - Etienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1576

TEXTE

Pauvres gens et misérables, peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien, vous vous laissez enlever, sous vos propres yeux, le plus beau et le plus clair de votre revenu, piller vos champs, dévaster vos maisons et les dépouiller des vieux meubles de vos ancêtres ! vous vivez de telle sorte que rien n'est plus à vous. Il semble que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur qu'on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies. Et tout ce dégât, ces malheurs, cette ruine enfin, vous viennent, non pas des ennemis, mais bien certes de l'ennemi et de celui-là même que vous avez fait ce qu'il est, pour qui vous allez si courageusement à la guerre et pour la grandeur duquel vous vous offrez vous-mêmes à la mort. Ce maître n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps et rien de plus que n'a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu'il a de plus que vous, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D'où tire-t-il les innombrables yeux qui vous épient, si ce n'est de vos rangs ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne vous les emprunte? Les pieds dont il foule vos cités, ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-même ? Comment oserait-il vous courir sus, s'il n'était d'intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire si vous n'étiez le receleur du larron qui vous pille, le complice du meurtrier qui vous tue, et les traîtres de vous-mêmes ? Vous semez vos champs, pour qu'il les dévaste ; vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir ses pilleries, vous élevez vos filles afin qu'il puisse assouvir sa luxure ; vous nourrissez vos enfants, pour qu'il en fasse des soldats dans le meilleur des cas, pour qu'il les mène à la guerre, à la boucherie, qu'il les rende ministres de ses convoitises et les exécuteurs de ses vengeances. Vous vous usez à la peine, afin qu'il puisse se mignarder en ses délices et se vautrer dans ses sales plaisirs. Vous vous affaiblissez, afin qu'il soit plus fort, plus dur et qu'il vous tienne la bride plus courte : et de tant d'indignités, que les bêtes elles-mêmes ne supporteraient pas si elles les sentaient, vous pourriez vous en délivrer, sans même tenter de le faire, mais seu-lement en essayant de le vouloir. Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres. Je ne veux pas que vous poussiez, ni que vous l'ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se rompre.

Les médecins disent qu'il est inutile de chercher à guérir les plaies incurables, et peut-être, ai-je tort de vouloir donner ces conseils au peuple, qui, depuis longtemps, semble avoir perdu tout sentiment du mal qui l'afflige, ce qui montre assez que sa maladie est mortelle. Cherchons cependant à découvrir, s'il est possible, comment s'est enracinée si profondément cette opiniâtre volonté de servir qui ferait croire qu'en effet l'amour même de la liberté n'est pas si naturel.

Premièrement, il est, je crois, hors de doute que si nous vivions avec les droits que nous tenons de la nature et d'après les préceptes qu'elle enseigne, nous serions naturellement soumis à nos parents, sujets de la raison, mais non esclaves de personne. Certes, chacun de nous ressent en soi, dans son propre c½ur, l'impulsion toute instinctive de l'obéissance envers ses père et mère. Quant à savoir si la raison est en nous innée ou non (question débattue à fond dans les académies et longuement agitée dans les écoles de philosophes), je ne pense pas errer en croyant qu'il est en notre âme un germe naturel de raison. Développé par les bons conseils et les bons exemples, ce germe produit en nous de la vertu ; mais il avorte souvent, étouffé par les vices qui trop souvent surviennent.. Mais ce qu'il y a de clair et d'évident pour tous, et que personne ne saurait nier, c'est que la nature, premier agent de Dieu, bienfaitrice des hommes, nous a tous créés de même et coulés, en quelque sorte au même moule, pour nous montrer que nous sommes tous égaux, ou plutôt tous frères. Et si, dans le partage qu'elle nous a fait de ses dons, elle a prodigué quelques avantages de corps ou d'esprit, aux uns plus qu'aux autres, toutefois elle n'a jamais pu vouloir nous mettre en ce monde comme en un champ clos, et n'a pas envoyé ici bas les plus forts et les plus adroits comme des brigands armés dans une forêt pour y traquer les plus faibles.








FICHE


Biographie Etienne de Boétie (1530-1563) : Dès 1553, La Boétie est conseiller au Parlement de Bordeaux, où il rencontre l'écrivain et philosophe Montaigne qui deviendra son meilleur ami. Opposé à la récupération de son Discours, perçu de son vivant comme un texte en faveur des protestants, il a initialement composé cet ouvrage afin de contrer le point de vu de Machiavel dans Le Prince, sans renier son respect pour le pouvoir royal. Par la vigueur de sa thèse, il est devenu l'apôtre de la liberté contre la tyrannie, au point d'être cité et revendiqué par les orateurs de la Révolution Française deux siècles plus tard. Rimbaud de la pensée (car mort aussi jeune que lui et écrivant avec autant de fulgurance).

Genre : Essai
Courant : Humanisme (XVIe siècle=Renaissance) = Retour sur les textes anciens. Confiance absolue en la possibilité et les améliorations de l'être humain. Remettre l'Homme au centre du monde. Combat contre l'intolérance (période des Guerres de Religions en France). Réflexion sur le pouvoir.


________________________________________
Introduction : Etienne de La Boétie s'est enrichi de son expérience de conseiller au parlement de Bordeaux, où il rencontre Montaigne, afin d'exposer ses vues sur la politique de son époque. Dans son ouvrage,De la servitude volontaire, publié en 1576 à titre posthume, il s'engage fortement contre la tyrannie rendue possible, selon lui, par la passivité des peuples. Nous ici dans cet extrait une excellent illustration de sa thèse : La Boétie exhorte le peuple à régir et à se libérer du joug des tyrans.

Problématique : Comment l'auteur parvient-il à faire part de la force de son engagement afin de toucher son destinataire ?

PLAN :

I/ Un discours paradoxal
A/ La « servitude volontaire » : une vérité frappante
B/ Le choix de la révolte : le registre polémique
C/ Un orateur médecin : guérir par les mots


Transition : Mais le peuple n'est pas la seule cible de ce discours polémique, cette adresse au peuple permet à l'auteur de peindre un tableau féroce et critique de la tyrannie.


II/ Un tableau de la tyrannie

A/ L'art de la périphrase et du détour
B/ la monstruosité du tyran


Transition : Mais bien plus qu'un appel à la révolte, ce texte est surtout un texte humaniste

III/ Une affirmation des valeurs humanistes
A/ Un appel à la dignité humaine
B/ Une vision humaniste de la société


LECTURE ANALYTIQUE :
I/ Un discours paradoxal
A/ La « servitude volontaire » : une vérité frappante
• Peuple responsable de la servitude
o Répétition « vous laissez » = accusation ciblée et surprenante
o apostrophe virulente qui ouvre le texte « Pauvre gens misérables... »
o gradation de la responsabilité : « de vos biens, de vos familles, de vos vies »
o accumulation dans un rythme ternaire dans le but de capter l'attention : « ces dégats, ces malheurs, cette ruine », ou encore antithèse frappantes : « vous vous affaiblissez afin qu'il soit plus fort »
o opposition multitude peuple//unicité du tyran ( « que deux yeux [...] un corps »//«du nombre infini de vos villes ») = absurdité du peuple.

B/ Le choix de la révolte : le registre polémique
• Tournure d'accusation violente : Registre polémique
o Jeu sur les registres : marque la volonté de persuasion
o Apostrophe virulente + résonnance des « vous » + allitération [V]= résonnance du vous et tournure d'accusation.
o modalité exclamative (!) + questions oratoires = indignation, incompréhension  interpellation
• Frapper l'imaginaire du destinataire
o Champ lexical du crime (« meurtrier », « traître », « piller », « voler », « dépouiller »)
o Interpellation violente : technique du captatio benevolentiae pour marque l'attention.

 Remarque : Cherche à capter l'attention du lecteur, avec l'énergie de l'accumulation, des figures de style et des sonorités frappante.

C/ Un orateur médecin : guérir par les mots
• Emouvoir le peuple = le registre pathétique
o Accent sur la misère du peuple : dénuement extrême  il sont dépossédés (« rien n'est plus a vous »), (« grand bonheur qu'on vous laissât ») ; image du chaos, du désespoir « dégat », « malheur », « ruine ».
 La Boétie est conscient de leu souffrance
• Nécessité d'une guérison
o Métaphore médicale : « médecine », « guérir », « plaies incurrables », « maladie »  La boétie propose un remède. Mais s'il attaque le peuple avant violence (polémique) qu'il emploie des images dures (pathétiques), il veut en fait secourir le peuple, pour son bien.

II/ Un tableau de la tyrannie
A/ Un tableau universel de la tyrannie
• L'art de la périphrase et du détour
o Généralité du propos
o Périphrase « celui-la même que vous avez fait ce qu'il est », absence du terme tyran, termes conventionnels (« maître »).
 Généralité du propos, donc moins de menace, mais s'appliquer à tous les peuples opprimés et les tyrans violents = portée générale. + Montrer que le tyran ne peut exister sans le peuple
• Peur de la censure

B/ la monstruosité du tyran
• Aspect monstrueux, immoralité
o Vocabulaire péjoratif « se vautrer », « se mignarder », « sales plaisirs », « larron »
o péchés capitaux « luxure », « convoitise », « plaisirs »
o appui vicieux au sein du peuple (~sangsue)
o transfiguration du corps du tyran « tous ces yeux qui vous épient » « tant de mains pour vous frapper »

III/ Une affirmation des valeurs humanistes
A/ Un appel à la dignité humaine
• Appel à la dignité humaine = message humaniste
o Comparaison aux bêtes
• Contre-nature de cette servitude, amour de la liberté naturel

B/ Une vision humaniste de la société
• Vision humaniste de la société
o 1e et 2e § : passion du tyran = raisons humaines
o Un plaidoyer pour l'éducation : soumission naturelle aux parents
o Optimisme pour l'homme : « germe naturel de raison » = confiance en l'homme
• Opposition 1e et 2e § dans la dernière phrase.  Conclusion percutant. Le recours aux valeurs humanistes dans le dernier paragraphe prend toute sa profondeur ici, son sens, car s'oppose radicalement au tableau de la tyrannie tel que le fait la Boétie.
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#Posté le vendredi 25 juin 2010 06:11

Modifié le lundi 28 juin 2010 06:47

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